vendredi 25 novembre 2011

Cunninlynguists - Halfanimal

Rat. Pelle.

Big Bad Wolf a semble-t-il perdu ses dents. Le temps de les retrouver, il fait les yeux doux, ouvre sa poitrine et en sort son coeur. Mais Red Ridding Hood a un fusil. Elle lui planterait bien une balle entre les deux yeux, ces yeux qui l'ont brûlée vive, sorcière il crie, je rêve de toi, et quand je me réveille tu fais comme si je n'étais rien. J'aimerais bien, qu'est-ce que tu crois, mais c'est surtout éviter les flammes dans lesquelles je rêve de me jeter. Alors quoi ? Alors quoi, putain. J'ai plein de trucs à te dire, mais je suis défoncé, et puis pourquoi tu pars, d'habitude tu me dis jamais non. On pourrait aller fumer au JBO et faire semblant de s'en foutre, comme d'habitude, habitude, vicieuse, confortable, je sais bien que tu l'aimes pas, habitude, mais moi c'est ma grande pote, l'ennemie de décision et responsabilité. Liberté, tu la connais ? Amour et habitude sont pas trop copines, tu sais.

Rat. Pelle.

Si t'avais pas été bourré t'aurais pas appelé si j'avais pas été faible j'aurais pas décroché et avec des si on mettrait Paris en bouteille. T'as appelé, j'ai décroché. T'avais le ventricule droit encore en travers de la gorge, mais t'étais heureux connard. Héroïne en manque de sang, manque de dépendance, manque de destruction. Manque d'amour je sais pas je crois pas. T'es tellement vicieuse. Moi aussi un peu j'avoue. Brûle sorcière tu m'as hanté mais c'était mon rôle. Usurpatrice. Tu fais tellement mieux la proie.

Et après ? On a pas fait d'enfants. On s'est pelé le cul. On a fumé et on a fait semblant de s'en foutre. Oublie pas la barrette de shit derrière le pied du banc. Je serais bien restée quelques minutes de plus.


- Novembre 2011. J'avais pas pensé à toi de toutes les vacances.

samedi 24 septembre 2011

Mon Héroïne.

 
« Et tu te retrouves thanatonaute, à baigner dans un univers sans couleurs, voguant entre la disparition et l'exacerbation des sens. Difficile de savoir par où nager, quand à un instant tout te hurle dans la tête, et quand à un autre les cordes vocales de ton monde d'absence se tordent jusqu'à ce qu'il n'en sorte plus aucun son. Difficile, mais pas impossible ; en fait, ce n'est pas la bonne question. La vérité, sous cette couche de crasse qu'on appelle mauvaise foi, c'est que tu n'as pas envie de savoir comment t'extraire d'ici, comment retrouver le son de la réalité sans déformation, chasser ce rideau noir qui t'empêche de voir ta propre carcasse pourrir sur les trottoirs. Qu'il est moche, le monde qui t'attend derrière, qu'il est moche et cent fois moins soutenable encore que cet état de ni-vie ni-mort. Il n'y a rien pour toi, petite chose, ce monde te déteste, tu le sens encore attaquer tes chairs tant qu'il y a un battement de cœur pour te raccrocher à la vie. Visqueuse, toute faite du sang qui coagule sur les plaies les plus infâmes d'un corps. Quitte à choisir le suicide, tu aurais pu faire plus propre ; il existe des solutions expéditives et – presque – sans douleur. Mais ce n'est pas là non plus ce que tu souhaites, car c'est encore devoir obéir aux lois de la réalité pour la quitter. Alors tu ne fais plus rien. Ton corps avide réclamait pitance, et tu le regardais souffrir, ce corps qui t'avait trahi, ce corps qui n'était plus à toi, qui ne l'avait jamais été, que l'on t'avait ravi avant même qu'il soit achevé. Il y avait presque quelque chose de jouissif à passer tes doigts blancs sur ses côtes qui ressortaient comme une supplication, sentir le creux béant qu'on appelait faim, près du sternum, voir le pantin de chairs se mouvoir de plus en plus faiblement ; retrouver presque tendrement les cicatrices qui depuis le début présagent sa chute et déforment la peau, comme plus tard les vers quand ils s'en disputeront la carcasse. »


Gabrielle.